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Tintin en Guadeloupe
 
La pointe des Châteaux est une avancée rocheuse qui se situe à l’extrémité Est de la Guadeloupe, sur Grande terre, à 11 kilomètres de Saint-François. Parcourir les 35 kilomètres qui nous éloignent de Pointe à Pitre, ce 19 juillet, dans la nuit noire, sous une pluie torrentielle avec un vent à plier tous les arbres, engendre un sentiment de désolation qui risque d’anéantir d’un seul coup LA belle image des Antilles. 8 heures d’avion, 7 heures de décalage horaire, une année de labeur à la métropolitaine sont responsables de pensées peu engageantes. Après une courte nuit de sommeil bercée par le bruit de la pluie battante sur le toit de tôles du bungalow, le soleil et un vent tiède accompagnent le premier ti déjeuner aux mangues et ananas… c’est déjà autre chose : la nonchalance s’installe, les sens s’éveillent, prêts à la découverte.

Sur cet éperon rocheux de la pointe des Châteaux, une grande croix blanche veille sur l’horizon et l’île de la Désirade. La coulée douce, l’anse à la gourde et l’anse tarare sont des criques de sable où se baigner est plus que recommandé : criques presque sauvages, bordées de cocotiers, palmiers avec une eau à 28°, des poissons multicolores, pas timides du tout. Sur le parking de ce bout du monde, des femmes proposent de la glace au coco qu’elles fabriquent dans une sorte de baratte en bois ; elles tournent la manivelle avec entrain : c’est délicieux sauf pour les intestins fragiles.

Au port de Saint-François, il est difficile de savoir à quelle heure arrivent les bateaux de pêches … « ça dépend des jours, autour de 9 heures.. » Après avoir longé le quai dans les deux sens, j’observe un spectacle peu courant. Le poisson, pas très abondant, est vendu sous un kiosque en arrière du quai, proche de la rue.

Les locaux s’agglutinent autour des pêcheurs au visage buriné par le vent et le soleil. Le parlé créole va chantant : je ne comprends rien à rien. Une dame couverte d’un somptueux chapeau de type ombrelle à deux étages marchande plus que ses compagnes plus sobrement vêtues. J’aimerais tant lui tirer le portrait : refusé tout net même après une approche diplomatique sur son superbe chapeau et une conversation de ménagère sur l’art culinaire.

Une autre me conseille de prendre « un poisson chat » de couleur gris bleu turquoise ; il a le goût fin d’un saint pierre de chez nous. Muni de mes deux poissons, je les confie à Tintin, l’écailleur de poissons. Il y a, sur l’allée qui longe le quai, plusieurs petites cabanes de bois rudimentaires où pour un euro ou plus selon votre générosité, votre poisson est nettoyé, tout prêt à mettre au grill. « c’est où et à quelle heure que tu vas le manger ? j’arrive » me dit un jeune qui observe les écailleurs.

Au marché de Saint François, Mireille qui vend des patates douces et autres produits locaux casse, en quelques secondes, mes illusions sur « l’achat tout local ». « On ne produit pas nous-mêmes, on achète à des grossistes au marché de Pointe à Pitre ». Seules les quelques mangues vendues par une grand-mère viennent de son jardin. Nostalgique du temps où chacun pouvait travailler, elle est désolée : « on ne produit plus de canne, plus de légumes… ».

Une autre guadeloupéenne, mercière à Trois Rivières, nous confirmera ensuite ce fait : seules quelques familles continuent de cultiver leurs jardins alors que tout pousse sur cette île ! Je n’aurai aucun mal à la croire : coco, bananes, caramboles, pomme cannelles, mangues ornent les jardins de nos lieux de séjour à Deshaies puis à Trois Rivières. Il n’est pas rare qu’ils pourrissent sur place, au bord des routes.












EcoMax, Super U... et autres supérettes vous vendront 1 kg de tomates à trois euros cinquante. Votre observation sur leur prix exhorbitant déclenchera un sourire hilare ponctué d’un : « Acheter local, c’est plus cher ! ». Les rares échoppes fruits et légumes au bord des routes sont soumises à des normes européennes qui limiteraient ces petits commerces.

Attention, un séjour en Guadeloupe peut être vite onéreux. Les bons plans existent, comme partout mais plutôt hors saison et hors sites touristiques. Les Grands Fonds, le Moule, la Pointe de la Grande Vigie, Morne à l’eau, Vieux bourg, Port Louis, Sainte Rose… pour n’en citer que quelques uns conservent leur charme mais mon coup de cœur ira à Deshaies et sa côte sous le vent.
Extrait du carnet 18 jours en Guadeloupe - juillet 2007
Texte et photos : Mireille Fages
 
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