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Françoise Leroy
En route pour Banfora ( Burkina)
 
A partir de Koudougou, prenons une piste sur 28 km pour arriver sur la nationale à Godé, qui rejoint Ouaga à Bobo.
Un 4x4 se justifie grandement, mares et crevasses se succèdent. Et encore, la saison des pluies est-elle maintenant loin derrière nous ! Arbres ombrageant la piste, ce sont des karités qui donnent la noix dont on extrait l’huile pour la cuisine (beurre) et pour le chocolat suisse, mais aussi pour les produits d’hygiène.
L’Occitane, entreprise française, est un grand utilisateur de cette huile qu’elle introduit dans ses crèmes de beauté. D’ailleurs, elle finance par sa Fondation des associations d’alphabétisation des femmes, vers le sud du Burkina.
Ah ! boire de la bangui ! C’est du jus de palmier en bouteille qui fermente au soleil. Miam ! Pierre nous en promet pour plus tard[1]…
Pour l’instant nous subissons nids de poules et de volatiles encore plus gros, sur la Nationale 1 ! Joëlle, qui conduit, fait du slalom pour les éviter. « Atation travax ![2] »
On bouche les trous avec du goudron liquide versé à l’aide d’arrosoirs en galvanisé. Je me demande s’ils poussent le bouchon en travaillant en tongs. Eh bien oui !
On traverse Tita, deux mosquées, un lac. Citrouilles à vendre sur les étals. C’est Halloween ! Des enseignes géantes jalonnent la route : «Ensemble luttons contre la mouche tsé-tsé qui tue nos animaux ». Et peut-être pas qu’eux… « Coca Cola 1 million de raisons de croire à l’Afrique » ou encore « Guiness Venez prendre place à la table des hommes ». Ben voyons !
Au loin, un tas de véhicules arrêtés et des badauds. Qu’est-ce donc ? Un accident ? Oui mais sans dommage humain apparemment. De près, découvrons un camion couché sur le côté, des milliers de boîtes de lait concentré s’étalent au sol. Au village suivant, beaucoup de monde sur le bord de la route. C’est habituel et si les convoyeurs de lait viennent faire appel aux bonnes volontés, celles-ci iront, nombreuses et de bon cœur, avec un grand sac pour faire leurs provisions.
Bobo Dioulasso 208 km !
Au carrefour de Lobo, Pierre indique que la voie de gauche va plein sud, vers Gaoua, en pays lobi, seule région qui a résisté à la colonisation. A tel point que les blancs finissaient dans la marmite s’ils faisaient du prosélytisme en essayant de prêcher « la bonne parole ».
A 11h, arrêt buvette au Café de la foi de Boromo.
Pierre prend le volant. Route parfaite. Il fait du 120 sous le regard courroucé de Joëlle ( J).
C’est un grand et beau tronçon entièrement financé par la Communauté européenne. On file comme le vent ! brûlis de chaque côté de la route sur des dizaines de kilomètres. Un troupeau de zébus se rendant au bar des… zébus : un grand lac. Des oiseaux blancs se posent sans vergogne sur leur dos : des pique-bœufs.
Haoundé
Le paysage n’est plus plat. D’immenses collines rompent la monotonie de l’horizon. Lorsqu’on découvre la ville en contrebas, ce n’est que géométrie de carrés bruns et argentés car le soleil donne sur les multiples toits plats en tôle de la ville plate. Cette ville a poussé comme un champignon après la découverte de manganèse dans le sous-sol.
Dans le centre-ville, c’est un fourre-tout de commerces hétéroclites : planches, meubles, lavabos et cuvettes de wc, fauteuils, étals de légumes, sans oublier les « porc au four », « poulet bien braiser » et « poulet fruit »[3]… Des attelages avec deux bœufs ou trois ânes empruntent sans peur la nationale au même titre que camions et motos. Les véhicules particuliers ne sont pas légion. Une majorité de 4x4 parmi ceux-là, souvent conduits par un guide qui emmènent des voyageurs.
Impressionnants ces cyclistes ! Femmes et hommes pédalent, droits comme des i, avec leur chargement sur la tête, un enfant dans le dos en prime ! Je n’ose imaginer une chute…
Sortant de la ville, c’est à nouveau la couleur chlorophylle. Enfin presque !
Bobo Dioulasso
Ville suranimée et chaude. Bien qu’en moyenne la température est un peu moins élevée qu’à l’est (Ouaga)
Nous allons voir la gare, mais attention ! Pas de photo. « Endroit stratégique » dixit la police. J’en prends quand même, sans le train qui est à l’arrêt, discrètement, car ma collection s’en trouverait amoindrie sans celle-ci. Des tabilés nous accostent ; ce sont de tout jeunes garçons qui mendient, une boîte de conserve attachée à l’épaule à l’aide d’une ficelle.
Pour la nuitée, c’est Casa Africa. Sympa bien que sommaire. Bonne adresse signalée dans les guides.
Départ à 8 h. Bagages des neuf sur le toit du 4x4, bien arrimés. Bientôt le paysage s’arrondit. On se situe à l’extrémité de la colline de Bandiagara qui longe la lisière Mali-Burkina dont les falaises se profilent sur notre droite. Côté gauche de la route, des champs de cannes à sucre à perte de vue, dotés d’arroseurs de large envergure. Elles sont en fleurs, c’est donc le moment de la récolte qui est faite mécaniquement.
Banfora
Un tour au marché couvert. Pierre salue sa tantie[4] préférée avec laquelle il ne manque jamais la petite conversation lorsqu’il passe sous la halle. Elle est souriante, avenante et semble être la fille de son admirateur !
Ici les vendeuses sont belles[5] mais insistantes. Difficile de résister ne serait-ce que pour leur faire plaisir. C’est une petite ville propice à la flânerie et point de départ pour visiter toute la région sud ouest.
Cascades de Karfiguela
Elles se situent à une quinzaine de km de Banfora. C’est Adou notre guide, en lequel les Olivier ont toute confiance. Aucune formation pour ce métier n’est obligatoire[6] si ce n’est des rudiments de connaissances acquis à l’écoute d’anciens. Le niveau scolaire est très bas. Pour l’attention qu’Adou porte à ses visiteurs, aucun problème, mais qu’en serait-il en cas d’accident ?
Les cascades sont accessibles par un chemin en escalier. Papy Jean-Paul cependant et Séverine avec sa douleur au mollet, osent s’y aventurer avec la petite équipe. Ca vaut le coup quand même car c’est très joli. Un bain pour les volontaires dans une eau tumultueuse et ocrée. Quel bruit aussi avec les chutes !
Dômes de Fabedougou
C’est en poursuivant à pied, à partir du haut des cascades, à travers les roches plates, que nous allons à la rencontre de ces nombreux dômes en grès pas très élevés, entre 40 et 60 mètres. Ils forment un paysage étonnant et fantomatique. Nous grimpons un des dômes, facilement, mais l’orage menace et le ciel s’est teinté rapidement d’un gris sombre. Ce qui agrémente la promenade car la température est moins haute.
Un vent fort s’est levé et c’est quatre à quatre que nous descendons les « marches » du dôme. Nous rejoignons le véhicule que Pierre a conduit jusqu’ici afin de nous épargner le trajet retour à pied. Délicatesse suprême !
Nuit au campement des Baobabs à Karfiguela. Il faut faire vite pour aller à la douche car la nuit tombe. Le problème réside dans la question terre à terre :où ai-je posé mon savon ? Jongler avec notre petit matériel d’occidentaux : shampooing, peigne, pantalon et chemise, alors que le noir tombe du ciel.
Les latrines rudimentaires, et sales au petit matin, occasionnent une discussion animée voire virulente, certains dénonçant le laisser-aller et la mauvaise hygiène d’un wc qui n’en a que le nom. Un trou carré de 20 cm sur 20 dans lequel il faut bien viser. Personnellement j’ai acquis une certaine philosophie sur le sujet. Mais sujet sensible pour Jean-Yves et Papy Jean-Paul.
Sindou
De Banfora à Sindou, piste potable. Nous traversons de beaux villages aux greniers à grains centraux, dans un paysage boisé et vert. Pierre et Joëlle remettent à un vieil homme (maréchal-ferrant ?) sa photo prise il y a quelques mois, mais il ne se reconnaît pas.
Des champs de coton s’éparpillent ça et là ; ce sera bientôt la cueillette car ils sont d’un blanc neigeux.
Campement Soutrala
Nous nous y arrêtons pour la soirée. Ce campement est géré par une association 1901 Association Solidarité Djiguiya. Ce mot signifie en sénoufo : Ensemble la charge est moins lourde. Autrement dit chez nous : l’union fait la force. Il s’agit de développer un tourisme solidaire et apporter ainsi un peu à ceux qui n’ont pas grand-chose
C’est son président, Tiemoko Ouattara, qui nous explique tout sur ce centre superbement géré. Grâce aux revenus des accueils touristiques, des programmes sont réalisés : parrainages, soutien scolaire pour les plus grands, salle d’informatique, bibliothèque, accueil d’enfants en difficulté familiale (5 à 20 ans) avec scolarisation, dispensaire et même la création d’une déchetterie, ce qui est à louer même si c’est un immense trou qui sert de déchetterie, c’est mieux que les bords des routes et les places des villages. Autre cheval de bataille : la médecine par les plantes. Pierre lui propose de l’accompagner dans cette démarche, ayant envie lui aussi d’approfondir ses connaissances.
Tiémoko nous guide pour la visite les Pics de Sindou qui est le berceau de la culture sénoufo. Il est intarissable et nous aurions perdu beaucoup s’il avait été remplacé[7].
Parlons d’abord du site. C’est un plateau très long et beaucoup moins large, comportant de nombreux pics de 300 à 400 m. C’est la continuité de la montagne Bandiagara au Mali dont je parlais plus haut.
Tiémoko, noble sénoufo
Quant à la légende, elle a la vie dure. Ces pics représenteraient les ancêtres du peuple sénoufo. Les Sénoufo se seraient installés ici au XIVe siècle pour fuir les guerres tribales, guidés en cela par un boa. Les Ouara qui y étaient installés ont pris peur et ont fui. Protégé par un esprit, le village a pris le nom de Sindou, ce qui signifie « village protégé ».
Tiémoko ne tarit pas, en effet, sur l’histoire des Sénoufo. Nous nous installons sur un espace naturel qu’on dirait créé exprès pour l’attention et l’écoute. Et nous entendons combien les traditions perdurent encore chez ce peuple fier.
Les jeunes garçons nobles suivent encore l’initiation à partir de leurs 14 ans, qui peut durer jusqu’à leurs 20 ou 22 ans. Ils ne peuvent pas se marier avant la fin de cette initiation, ni voyager dans le pays. Ils apprennent, lors des réunions et cérémonies, les valeurs humaines élémentaires telles le respect, la solidarité… Et les initiés sont respectés dans la hiérarchie des Sénoufos ainsi que certains qui font partie de « castes » tels les forgerons et leurs épouses qui sont sages-femmes. Le respect aux plus anciens est une règle incontournable. L’ancien est un sage que l’on consulte car il a la connaissance. Et Tiémoko nous dit aussi que l’on est sage lorsqu’on a un certain âge[8].
Même s’il n’existe plus d’initiation destinée aux filles[9], celles-ci sont informées des coutumes et pour permettre les relations avec les garçons de leur âge, c’est préférable. Lorsqu’un jeune garçon initié a des vues sur une fille, il va la voir avec une tige d’herbe. Il la coupe en deux. Il donne la moitié à la jeune fille, celle-ci, si elle est d’accord, la met dans sa chevelure. Si elle la jette, c’est un non catégorique. Si elle la met sous sa chemise, cela signifie « je suis déjà prise » mais sous entendu, « on ne sait jamais, au cas où... » Tout cela en toute bonne foi et sans susceptibilité de part et d’autre.
Le titre de noblesse se perpétue de père en fils et filles. Ils se marient entre eux. Le respect envers tous ceux-là est automatique et ancré dans l’esprit de tous.
[1] C’est un vin de palme un peu comparé à notre bière. Le problème c’est qu’il faudrait la consommer glacée. Et ce n’est pas le cas sur les marchés ou dans les maquis… donc je vais déchanter en la goûtant.
[2] Lu sur un panneau posé au sol ! quelle prévenance !
[3] Textuel. Les parenthèses respectent l’orthographe des enseignes.
[4] Terme affectueux à l’adresse de toute femme connue ou moins connue.
[5] Pas plus qu’ailleurs, mais nombreuses…
[6] Une formation officielle coûte très cher.
[7] Il nous apprend que le lendemain, il doit partir à la capitale, Bobo, pour une formation.
[8] On retrouve un peu cette hiérarchie dans nos conseils des sages…
[9] Autrefois, l’excision faisait partie de l’initiation féminine. Aujourd’hui illégale fort heureusement.
Extrait du journal de Françoise Leroy - février 2013
Texte et photos : Françoise Leroy
 
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