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Une invitation à partir, au rythme des mots et des images.
L'évasion est au coin de cette page qui recueille les impressions, anecdotes,
coups de coeur, récits et aventures de voyage des adhérents.

Embarquement immédiat !
 
En route vers les îles du  lac Titicaca (Pérou)
 
Le Lac Titicaca
Après avoir passé une nuit à l'hôtel Cricarlet de Puno, nous nous sommes rendus à l'embarcadère pour rejoindre Olga, notre guide, et naviguer sur le lac .
On peut signaler que le petit port de Puno est le point de départ le plus pratique pour visiter les îles disséminées sur cette immense mer intérieure, perchée à presque 4000 m d'altitude.
Il est huit heures et à une quinzaine, dont beaucoup de français, nous embarquons sur le bateau qui dessert de nombreuses îles. Nous quittons le port en longeant les collines grises où verdissent de temps en temps les terrasses cultivées. Puis, ce sont les marais qui apparaissent et le bateau se faufile à travers les roseaux et les joncs : il se dirige vers les îles d'Uros, véritables îles flottantes, qui constituent la principale attraction touristique du lac : c'est en référence au peuple qui y vivait jusqu'à la moitié du XXème siècle que le nom a été donné. Avec la douce teinte jaune orangée de la matinée, c'est un "délice" photographique qui surgit à chaque détour de cette étendue maritime en voyant ces îles qui "flottent" à la surface de l'eau.
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Nous nous approchons de ces îles, dans un paysage insolite cerné par les montagnes. Quel panorama splendide se déroule devant nous, au fur et à mesure qu'on voit ces communautés indiennes vivant sur cette épaisse couche compacte de roseaux flottants nous saluer de la main, au passage du bateau ! Vraiment, c'est une impression étrange de longer la rive en remarquant comment sont façonnées toutes ces huttes !
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Les Uros
La petite tribu Uros entama son existence flottante inhabituelle pour se protéger contre les agressions incas. Le bateau va accoster et allons rejoindre l'une des îles artificielles, objet de notre visite guidée: nous entourons le guide qui nous explique l'assise sur laquelle a été bâtie l'île : la "totora", nom du roseau occupe une place importante dans la vie de ce peuple : non seulement, il permet de protéger les îles contre les vagues, mais aussi il sert à fabriquer les maisonnettes, les meubles et les barques: en voyant toutes ces embarcations faites de roseaux enchevêtrés accoster, c'est vraiment l'admiration qui ne peut que s'emparer de nous.

Perou 3
Des poteaux en bois d'eucalyptus sont plantés dans le fond du lac et des cordages relient l'ensemble afin d'éviter que l'île ne soit chassée par le vent et se mette à dériver. C'est un travail inlassable et régulier qui attend le peuple qui vit sur ces îles : chaque semaine, une nouvelle couche de roseaux est ajoutée pour remplacer celle qui a coulé, et tous les dix ans, il faut déménager et construire une autre île. On a pu se rendre compte de l'épaisseur de la "totora" évaluée à 3 mètres, avec une base immergée formée de racines enchevêtrées. Nous avons pu apprendre que les habitants consomment la partie blanche comestible de l'extrémité des roseaux. Après avoir, à l'aide d'une corde, évalué la profondeur de l'eau au centre de l'île qui avoisine les quinze mètres, nous avons été invités à admirer l'artisanat proposé par les femmes à la vente : grâce au tourisme, les Uros jouissent d'un relatif confort, car les maisons actuelles sont pourvues d'électricité fournie par panneaux solaires installés par l'ancien président Alberto Fujimori, très apprécié dans la région.

Les habitants tentent coûte que coûte de maintenir leurs traditions, malgré une commercialisation un peu forcée ; cependant, le détour permet de contempler des tapis remarquables aux coloris verts et rouges du plus bel effet, des articles en roseaux confectionnés avec goût.
Les huttes en roseaux sont disposées autour d'une place centrale coincée sur une petite superficie très fréquentée où on se sent presque obligé d'acheter des souvenirs, seul gagne-pain de ces habitants. Ce sont les femmes qui sont là à accueillir les visiteurs, car les hommes sont occupés soit à pêcher, soit à travailler à Puno comme employés, chauffeurs de taxis, comme beaucoup de péruviens, ou pilotes de bateaux. Le mode de vie des habitants en place constitue un intérêt indéniable, même si les derniers Uros authentiques ont été remplacés par les Indiens Aymaras qui se sont établis sur les îles, comprenant l'intérêt pécuniaire qu'ils pouvaient en tirer, en se faisant passer pour des descendants d'Uros.
Pour rejoindre l'île voisine, moyennant paiement, certains touristes montent sur des embarcations plus élaborées à deux étages d'ou on peut admirer le panorama en scrutant plus aisément l'horizon. Nous quittons ensuite les îles Uros pour rejoindre au bout de trois heures l'île d'Amantani, étape privilégiée pour passer la nuit sur le lac Titicaca. Dès l'arrivée sur l'ile, il faut grimper avant d'atteindre la maison de la tante d'Olga qui nous accueille à bras ouverts sur le seuil de sa maison. Il est déjà presque 13 h et il est temps de manger, car nous avons faim : la tante va se mettre à préparer de la truite saumonée achetée par Olga au port de Puno, juste avant l'embarquement , accompagnée de quinoa, graine "sacrée" des Incas, utilisée depuis très longtemps chez les Précolombiens.
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C'est dans la cuisine, autour d'un feu, que nous nous attablons. Quelle chaleur humaine se dégage de cette pièce, au confort rudimentaire! Le fils de la famille, âgé de sept ans, un peu timoré au départ, va gagner notre confiance quand je vais commencer à converser avec lui en espagnol : nous montrons quelques photos de notre petit-fils, du même âge que lui et là, alors, il vient sur les genoux de ma femme et montre toute son affection.
Le père n'est pas là: il est parti depuis longtemps sur un chantier à Cuzco et ne revient pas souvent, à cause du prix et des difficultés de transport, dans ce pays où les distances semblent une "éternité". Nous regagnons notre chambre où on accède par un escalier en bois : quelle clarté, avec les deux fenêtres de chaque côté de la pièce et quel splendide panorama sur le lac immense qui se dévoile dans toute son étendue ! Nous sommes récompensés de cette montée assez pénible par cette vue magnifique où on peut admirer les cultures en terrasses qui s'échelonnent avant de sembler plonger dans l'eau.
Avec les patios décorés de plantes grimpantes et les petits bancs de pierre, l'itinéraire est charmant. Nous bénéficions d'une heure de repos avant d'entreprendre la montée jusqu'au sommet de la colline qui domine le lac : nous retrouvons d'autres membres de notre groupe qui se retrouvent dans des familles, mais dépendantes pour leurs revenus de la bonne volonté des agences.
Nous nous dirigeons vers les curiosités de l'île que sont les deux temples de Pacha Tata (dieu du ciel) et Pacha Mama (déesse de la terre) : à la bifurcation, nous préférons emprunter le chemin qui mène à la déesse de la terre : quelle agréable balade, en fin de journée, où nous pouvons profiter de la beauté du site et du calme avant d'apercevoir le soleil se coucher derrière la colline ! Nous pensions pouvoir profiter d'un admirable coucher de soleil, mais à cette époque de l'année, en décembre, les nuages ont tendance à obscurcir le ciel.
Cependant, la teinte rosée du soleil laissait entrevoir une de ces lueurs étranges qu'on n'est pas prêt d'oublier. Après avoir pris quelques clichés au pied, éclairés par la teinte orangée du soleil, nous avons quitté les lieux, en ayant soin d'utiliser notre lampe frontale afin de ne pas trébucher sur les obstacles. Après une demi-heure de trajet dans la pénombre, nous avons regagné notre domicile, avons pris le repas dans la cuisine éclairée depuis un mois à l'électricité d'origine solaire et avons regagné nos appartements à l'étage. On a pris soin de nous avertir qu'un "pot" de chambre était à notre disposition, vu qu'il fallait descendre pour aller aux toilettes situées dans le fond du jardin. Nous revenions un demi-siècle en arrière en nous souvenant des conditions d'hygiène précaire qui prévalaient autrefois.
Mais là, la réalité rattrapait la fiction, car l'absence d'eau empêchait d'utiliser les robinets; il fallait que les femmes fassent la corvée d'eau pour pouvoir se laver et nettoyer les légumes. Nous avons vécu ainsi une journée mémorable, parmi cette famille qui n'a montré aucun signe de découragement, face aux difficultés de la vie quotidienne.
Après un sommeil réparateur, nous nous sommes levés assez tôt, mais nous nous sommes aperçus qu'un espèce de "crachin breton" s'abattait sur l’île. Le fils de la maison n'a pas tardé à se réveiller et s'est amusé avec le parapluie qu'on lui a prêté : il semblait fort intéressé.
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Dès huit heures, il fallait qu'on parte pour rejoindre l'embarcadère, et c'est sous une pluie battante qu'on a pris congé de la famille qui nous avait hébergés; on a laissé à la femme une cape achetée en France, car on se doutait qu'on aurait trouvé un vêtement de pluie dans la ville voisine. Nous montons dans le bateau : c'est alors que la brume recouvre l'étendue d'eau et que la tempête se lève; après avoir quitté le port d'Amantani, nous nous trouvons au large et nous n'en menons pas "large" en voyant le bateau devoir affronter une eau si tumultueuse. Il faut compter deux heures avant d'atteindre l'île de Taquilé, l'île des tisserands ; nous sommes soulagés quand nous apercevons la terre ferme à l'horizon.
La tempête commence à s'apaiser quand on commence à longer le gros monticule rocheux qui constitue l'île de Taquilé. Nous débarquons et passons devant une pancarte qui nous souhaite la "bienvenue" : on se déplace en suivant des sentiers de pierre jalonnés de petites marches, bordés par des murets. C'est parfois fatigant, car ça monte, çà descend et l'altitude est là : 4000 m. Sur les terrasses étagées, retenues par des murets de pierres rouges, on cultive des pommes de terre, des haricots, du maïs.

Dans les champs en pente, des troupeaux de moutons broutent, gardés par de petits enfants qui font office de bergers. Les femmes partent à la corvée d'eau, la cruche attachée dans le dos. Nous poursuivons notre chemin qui aboutit à la place du village : femmes et hommes sont là à nous accueillir pour vendre des produits de leur artisanat ; il est facile de se rendre à la coopérative, véritable boutique, qui permet de répartir équitablement les richesses ; aussi, est-il impossible dans ce lieu de marchander ; les prix sont fixes et là, on peut acheter des bonnets, des gilets, des chemises brodées, des étoffes de laine et d'alpaga et des couvertures tissées à la main aux couleurs chatoyantes rouges et bleues principalement.

Les couleurs et les motifs des vêtements révèlent le statut social de celui qui les porte.
Des détails significatifs sont exhibés au passage des villageois : un homme marié portera un bonnet de laine avec des pompons rouges, tandis qu'un célibataire se reconnaîtra à ses pompons blancs. La population de Taquilé entend bien contrôler le développement touristique, en s'opposant à l'installation d'un hôtel sur l'île.
Après avoir effectué quelques emplettes, nous continuons notre chemin, nous nous arrêtons pour nous restaurer d'un repas de poissons et nous rejoignons l'embarcadère située en contrebas ; nous franchissons une porte et de là, la vue qui se dégage sur le lac et les bateaux accostés est magnifique.
Il est temps de partir : le tempête s'est apaisée pendant notre trajet sur l'ile ; il faut rejoindre Puno et au bout de trois heures, la côte se profile à l'horizon et nous débarquons, heureux du périple qui nous a comblés et qui nous a permis de côtoyer la vie traditionnelle souvent ingrate vécue par les insulaires.
A voir cette "extraordinaire" mer intérieure aux eaux d'un bleu intense, bordée de cultures en terrasses, on comprend la fascination qu'elle exerce depuis toujours sur ses habitants.
Un véritable enchantement que de naviguer sur ce lac ! C'est en s'immergeant dans le quotidien de la communauté des îles qu'on peut ressentir au mieux la dureté de la vie de ces insulaires et être touché par l'accueil qui nous est réservé.
Alain Hervé - Janvier 2011
Texte et photos : Alain Hervé
 
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